Axe 4 : Produits, territoires et développement local


L’objectif de l’axe 4 est, en se fondant entre autres sur les acquis des axes 1, 2 et 3, de favoriser le développement d’une production et d’une transformation identitaires et éco-responsables à l’échelle des territoires, en aidant à la reconnaissance, en particulier marchande, des qualités objectives des produits « naturels » et des services environnementaux rendus par les formes éco-responsables de production, de transformation, voire de distribution en émergence. L’axe 4 s’intéressera en particulier aux contributions à l’environnement et à la protection de la biodiversité assurées par les différentes formes d’agriculture présentes, à l’identification et à la valorisation des signes de qualité, en tenant compte du cadre législatif et réglementaire. Il abordera le lien entre la qualité des produits et le territoire, c’est-à-dire le patrimoine naturel et culturel.

Responsable : Marc Tchamitchian (Directeur adjoint de l’UR ECODEV-INRA)

Partenaires
UR Ecodéveloppement (INRA), EA 932 « Biens, normes et contrats »

Enjeux

Les critères de performances de l’agriculture ne se cantonnent plus à la seule valeur marchande de la production mais incluent aujourd’hui la relation entre pratiques agricoles, environnement et santé humaine. Cette prise en compte se réalise à travers différentes formes de dispositifs et normes publiques, en particulier par le biais des réglementations internationales, européennes ou nationales. Elle passe aussi par des normes privées telles que les cahiers des charges ou les réglementations et chartes de zones protégées comme les PNR (la région PACA héberge 5 PNR et 3 réserves de biosphère MAB). Ces mouvements entraînent l’apparition de nouvelles qualifications des produits agricoles, basées sur la reconnaissance des formes de production (agriculture raisonnée, agriculture biologique…), et/ou de l’origine des produits (labels, AOC…). Les modes d’échanges ou de circulation des produits évoluent aussi et des mouvements privilégiant la proximité entre lieu de production et lieu de consommation se mettent en place, mouvements qui modifient les systèmes agri-alimentaires et remettent en question la structure actuelle des filières.

Ces différentes incitations et contraintes font ainsi apparaître une diversité de systèmes agri-alimentaires, de formes d’agriculture écologisées, formes qui sont liées à la fois à leur contexte géographique et pédoclimatique local et à leur contexte technique, économique et social. Ces sont ces relations qu’il faut éclairer pour comprendre puis valoriser le lien entre produit agricole et territoire, le territoire étant donc vu à la fois comme une zone géographique aux caractéristiques particulières à défendre et comme un tissu technique, économique et social.

Objectifs

Si les formes de production et les systèmes agri-alimentaires évoluent vers une plus grande intégration des considérations environnementales et la production de services environnementaux (protection, entretien de la biodiversité, pratiques écologisées à faible impact environnemental…) en plus des services économiques et productifs classiques, la reconnaissance, en particulier marchande, de cette évolution se fait plus lentement. L’objectif des travaux que peut proposer cette SFR dans cet axe de recherche est de contribuer à l’avancée de cette reconnaissance, selon plusieurs composantes :

– quelles contributions à l’environnement, à la protection de la biodiversité sont assurées par les formes d’agriculture présentes, et quel est le rôle de la diversité de ces formes (en particulier mixité entre des formes plus ou moins écologisées) dans la production de ces services mais aussi dans la pérennisation de l’agriculture face aux aléas et aux incertitudes liées à son écologisation (par exemple à l’usage de pratiques reposant sur des régulations naturelles nécessairement moins bien maîtrisées dans leurs effets que des pratiques totalement artificialisées) ? Se posent ici aussi des questions liées aux valeurs environnementales que certains territoires peuvent vouloir promouvoir, en particulier les PNR et réserves de biosphère pour qui l’environnement, la biodiversité sont des préoccupations primaires et majeures ;

– quels signes de qualité peut-on faire reconnaître ? Peut-on créer une valeur ajoutée à un produit à partir de la contribution de ses modes de production à l’entretien de l’environnement et éventuellement à l’entretien des caractéristiques paysagères et sociales de sa zone de production (plus-value associée à l’image de la région productrice, à la conservation des emplois locaux…) ? Mais aussi, peut-on lier la qualité intrinsèque du produit, ses caractéristiques gustatives et sa valeur santé à son origine et à ses modes de production (une partie de cette question est traitée dans l’axe 2, sous l’angle de l’effet des techniques sur la qualité du produit, la question posée dans cet axe 4 étant plutôt de savoir si ce lien est suffisamment fort et surtout lié aux conditions locales pour le rendre unique donc identifiable) ?

– par quels moyens peut-on faire valoir ces signes de qualités ? La gamme des outils disponibles est large, allant de l’identification à travers une marque à des formes plus réglementées comme les labels ou les AOC. Cependant, lorsque ces outils s’appuient sur une dimension territoriale, ce n’est pas au sens de la production de services environnementaux associée à la production du produit identifié, mais au sens de terroir ou de zone géographique (aire de production…). Est-il possible de créer des outils juridiques ou réglementaires analogues identifiant cette contribution aux services environnementaux, afin d’appuyer la valorisation des produits sur une dimension supplémentaire ?

Éléments de programme scientifique

Émergence des modèles d’agriculture écologisée, perspective socio-historique

Il s’agit ici de déterminer comment ces modèles alternatif au modèle conventionnel émergent, au sein de quels mouvements sociaux et comment sont construits les paradigmes qui sous-tendent ces modèles alternatifs. Il s’agit aussi de déterminer comment et dans quelle mesure ces modèles alternatifs sont institutionnalisés puis soutenus par des politiques publiques. Cette analyse pourra s’appuyer sur l’étude de systèmes en agriculture biologique (AB), forme particulière et institutionnalisée d’agriculture écologisée. La proximité d’acteurs du développement spécifique de cette agriculture (GRAB), de structures coopératives engagées dans ce mouvement (Uni-vert par ex.) permet aussi de porter un regard sur les conditions techniques et économiques de l’émergence de cette forme d’agriculture. La coexistence, en région PACA, de PNR et de réserves de biosphère (Luberon notamment, qui regroupe sur la même zone PNR et réserve) permet aussi d’instruire les questions des relations entre les formes d’agriculture et l’élaboration de normes visant à protéger et entretenir la biodiversité ou d’autres composantes environnementales.

Analyse des transitions vers des formes de production écologisées

Il n’existe pas une mais plusieurs formes d’agriculture écologisée, qui diffèrent non seulement par le modèle auquel elles se réfèrent (agroécologie, agriculture biologique…), mais aussi, au sein de ces modèles, par leur intensification (tant écologique que productive d’ailleurs). L’extension de ces formes d’agriculture pose la question de l’adéquation entre les situations existantes, en particulier les formes conventionnelles, et les situations écologisées, c’est-à-dire des trajectoires possibles. La diversité des systèmes de production de la région PACA (élevages ovin extensifs généralement non certifiés AB alors que leurs pratiques sont de type biologique, maraîchage et arboriculture plus intensive, tant en conventionnel qu’en AB) est un atout pour mener à bien l’étude de ces questions par des approches tant sociologiques que biotechniques. Cette étude s’appuiera sur une analyse multidimensionnelle des performances de ces systèmes, performances économiques, agronomiques, écologiques et sociales .

Quelles combinaisons de systèmes, à quelle échelle ?

Des travaux récents de l’unité d’Écodéveloppement montrent que les transitions vers des formes écologisées sont facilitées par la mixité des systèmes de production (arboriculture et maraîchage, AB et conventionnel) et de commercialisation (circuits longs et courts), au sein de l’exploitation ou au sein d’un territoire. Quelles formes d’organisation collective ou de filière (OP…) et quels soutiens publics facilitent ou permettent l’existence de cette mixité, offrant ainsi à la production les opportunités d’opérer une conversion vers des formes écologisées ? L’existence de cette mixité pose aussi la question des conséquences de son organisation, notamment spatiale, sur les services environnementaux rendus : les formes conventionnelles doivent-elles être cantonnées à des zones où les enjeux environnementaux sont plus faibles ou peuvent-elles partager des territoires à forts enjeux avec des formes plus écologisées ? Là encore la structure de la région PACA offre un terrain d’étude particulièrement adéquat.

Valoriser les signes de qualité

Les analyses ci-dessus et les travaux menés notamment dans l’axe 2 permettront d’identifier les signes de qualités et les services environnementaux associés aux différentes formes de production. Elles permettront donc de caractériser les relations entre le territoire, les formes de production et l’identification des produits.

Un travail spécifique de recherche autour de la définition de la notion de qualité, notamment dans ses dimensions réglementaires, juridiques et commerciales sera mené, aux niveaux des produits et des modes de production. Le travail envisagé portera, entre autres, sur la notion d’image de marque, avec comme perspectives la construction de signes de qualité exploitables par les acteurs des filières.

Partenariat

Les travaux réalisés dans cet axe sont principalement menés par le biais d’enquêtes auprès des différents acteurs clés de la production et de la gestion des territoires (agriculteurs, agents du développement, structures commerciales, responsables territoriaux locaux…). Ils ne peuvent donc qu’être menés en partenariat avec ces acteurs dans des dispositifs de type recherche-action. L’unité d’Écodéveloppement possède de fortes compétences dans ce domaine et entretient des liens serrés avec la plupart de ces acteurs dans la région PACA ; le PNR et la réserve MAB du Luberon ont été choisis comme terrain d’étude pour les questions évoquées ci-dessus. L’objectif de ce partenariat est aussi de faciliter l’expression par les acteurs eux-mêmes de leurs besoins et de leurs objectifs (quels signes de qualité environnementale faire reconnaître par exemple).

Plus value de la SFR

Combinaison entre approches sociologiques et biotechniques d’une part, et approches juridiques d’autre part, combinaison peu fréquente.

Complémentarité avec les travaux menés sur qualité intrinsèque : possibilité d’éclairer la notion de terroir d’un jour nouveau, prenant en compte les interactions entre organisation territoriale et sociale, pratiques et caractéristiques du produit ; extension de la notion de qualité aux services écosystémiques rendus par les modes de production.

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